Mémoires d’un vétéran des années soixantes

 

Le 3 Mars 1964

Roger Malaussena

Inaugure le Parachutisme à Tahiti

Une corolle de parachute se déploie dans le ciel tahitien.

A 6h 15 le 3 mars, Roger Malaussena jeune champion parachutiste, qui a roulé sa bosse à Nouméa avant Papeete, vient de sauter à 2600 mètres du « Super-Club » piloté par Jean Hars. Il a ouvert son « pépin » à 400 mètres du sol et atterri dans un marécage.

Le sport parachutiste est né à Tahiti.

(Extrait de la presse locale de l’époque).

A cette époque, les parachutes sont rares au Para-Club, les quelques membres pratiquants ont leur propre matériel de saut, l’un d’eux pourtant, dépourvu de ce précieux outil, trouvera localement son bonheur, ( un parachute complet ) dans le grenier d’un particulier. Ce parachute n’était pas du premier âge soit !.., mais visuellement en bon état de conservation, l’intéressé l’achètera sans discussion.

L’origine de ce parachute américain ne nous a jamais été clairement définie par son propriétaire, la voile de couleur «camouflage type militaire » datait très probablement de la dernière guerre 39/45, la présence de l’armée américaine à cette époque pourrait en expliquer ce fait.

Après quelques sauts d’essais plus ou moins concluants sur l’aéroport de Tahiti Faa’a, la voile, d’origine ronde, sera méthodiquement découpée et taillée par notre expert du ciseau « Roger Malaussena » en voile à fentes dirigeables du type « Conquistador ». Les chutes de tissu seront utilisées pour réduire en diamètre la cheminée, qui malheureusement fut cousue par inadvertance (à l’envers?..); cet imprévu, nécessitera un retournement complet de la voile et des suspentes. Ce parachute ainsi transformé, sera utilisé jusqu’à la fin de sa carrière active, voile retournée, taillée et découpée de façon artisanale, sans le moindre incident. Les chutes de tissu non utilisées feront en son temps, la joie des amateurs de foulard. ( Ce parachute disparaîtra malheureusement à deux reprises, une première fois, il sera retrouvé par son propriétaire, la seconde fois il disparaîtra à tout jamais ).

Par la suite, quelques parachutes ainsi modifiés, seront « sponsorisés » par quelques sympathisants propriétaires de petits commerces à Papeete : On pouvait lire sur les voiles ouvertes, « magasin Elle et Lui » «bijouterie Mourareau » etc.…le texte publicitaire était peint à la « bombe de peinture » directement sur la voile étalée à plat au sol. Quoique modeste, l’apport financier ainsi récolté des « sponsors », permettra néanmoins au Para-Club de commander des petits matériels et accessoires aux USA, notamment quelques bouées de secours à cartouche de gaz, qui une fois gonflées, avaient la forme d’un « haricot ». Pas plus encombrant qu’un paquet de cigarette, ce petit paquet était fixé sous l’un des élastiques de rappel du parachute ventral, et nous accompagnait à chaque saut, (ce qui permit à bon nombre, de se sortir de situations fâcheuses du côté de Mataiea notamment, après d’involontaires amerrissages ! ! !). Des fourreaux de voile, des extracteurs de voile, et autres accessoires, tels que de « vrais élastiques de lovage » remplaçant avantageusement ceux, découpés dans les « chambre à air » de vélo, viendront compléter notre stock, et améliorer la sécurité des paras, chacun y trouvait son compte.

Le trafic aérien n’était pas très soutenu à cette époque, néanmoins les autorités de l’Aviation civile ne nous accordaient qu’un seul saut par mois et par personne sur l’aéroport de Tahiti Faa’a.

Nous n’étions pas très nombreux en 1964, à peine une poignée de pratiquants; mais très motivés, et nous nous arrangions toujours, malgré les consignes, pour faire quelques sauts supplémentaires (en prétextant auprès des autorités de l’Aviation civile, le beau temps d’aujourd’hui, et le mauvais temps qu’il ferait peut être dans un mois ….)

Afin de ne pas déambuler sur la piste après l’atterrissage, il nous fallait attendre, là où nous nous étions posés, l’arrivée du « gendarme de service » qui avait pour mission de nous récupérer à l’atterrissage, et de nous amener jusqu’au hangar du Para-Club. II fallait s’asseoir sagement avec notre harnachement sur le capot de la « Jeep », et nous laisser conduire tranquillement jusqu’à destination.

En 1964, les premiers sauts du Para-Club de Tahiti s’effectuaient sur la zone aéroportuaire de Tahiti Faa’a jusqu’en février 1965, puis sur la zone de Mataiea (côté mer) jusqu’aux années soixante dix, et enfin sur Papara (côté montagne) jusqu’en 1983.L’hippodrome de Pirae deviendra une zone autorisée pour les parachutistes confirmés. Aujourd’hui, notre activité se concentre sur l’aéroport de Moorea Temae, l’hippodrome de Pirae restant toujours une zone d’activité occasionnelle pour les confirmés.

Beaucoup de nos camarades de cette époque nous ont malheureusement quitté, qu’ils soient parachutistes, pilotes largueurs ou sympathisants, tous sont profondément ancrés dans nos mémoires, et resteront pour toujours dans l’histoire du parachutisme à Tahiti.

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